Conséquences de la chute chez la personne âgée

Un article de ReseauGerontologiqueAutunois.

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La morbidité d’une chute chez le sujet âgé ne peut en aucun cas se limiter aux seules conséquences traumatiques.

Le syndrome post-chute peut être à l’origine d’une perte d’autonomie de la personne âgée.

La plupart des chutes n’entraînent pas de traumatismes physiques sérieux.

En effet, seulement de 6 à 8 % des chutes seraient responsables de fractures, dont une fois sur trois, de l’extrémité supérieure du fémur.

Ainsi, la morbidité des chutes ne peut en aucun cas se résumer à leurs seules conséquences traumatiques.

En revanche, le ralentissement psychomoteur et l’impact psychologique de la chute se traduisent souvent par une perte de confiance en soi. On remarque alors une altération des aptitudes physiques et des conduites de retrait social. Le risque essentiel demeure la perte d’autonomie de la personne âgée.

Sommaire

Epidémiologie

La fréquence des chutes augmente avec l’âge : surtout si les chutes sont répétées

35% des personnes entre 65 à 79 ans
45% des personnes entre 80 à 89 ans
55% des personnes au delà de 90 ans

Elles sont plus fréquentes chez les femmes que chez les hommes.

42% des chutes n’ont pas de conséquences apparentes

26% des personnes ayant chuté reconnaissent avoir réduit leurs activités par peur d’une nouvelle chute.

La mortalité à court et moyen terme est de 9%.

Les lésions physiques :

Primaires :

Fractures : (dans 5 à 10% des chutes)

Col du fémur (0.2 à 2.6%) avec un décès pour 1/3 des patients dans l’année.
Tassement vertébral.
Fracture du poignet.

Entorses :

Contusions : 46%

Plaies :

Brûlures :

Hématome sous-dural :

Secondaires :

Rhabdomyolyse consécutive à la chute (avec insuffisance rénale, hypothermie, contusions multiples et surinfection) souvent létale.

Infections broncho-pulmonaires

Escarres de décubitus

Déshydratation

Hypothermie

Thrombophlébites, embolie pulmonaire.

Le syndrome post-chute :

Véritable sidération des automatismes posturaux entraînant une perte des réactions d’adaptation posturale, (difficulté ou parfois impossibilité totale pour le sujet à se maintenir en orthostatisme), ce syndrome survient habituellement dans les heures qui suivent la chute.

Il constitue donc une urgence gériatrique car, en l’absence de prise en charge, il évolue vers une perte définitive des possibilités de mobilité, d’orthostatisme et de marche. Ce tableau chronique a été décrit sous le nom de « syndrome de régression psychomotrice ».

Clinique du syndrome post-chute :

Le syndrome post-chute associe :

  • une composante motrice (troubles posturaux et de la marche),
  • des signes neurologiques ;
  • une composante psychologique.

La composante motrice :

LES ALTERATIONS DU SCHEMA DE MARCHE

Identifiées dans différents tableaux neurologiques, elles ne peuvent être considérées comme spécifiques du syndrome de régression psychomotrice. Elles témoignent uniquement d’une altération des aptitudes posturales responsables d’une phobie de l’orthostatisme et d’une peur de la marche.

Les signes posturaux sont dominés par le déséquilibre arrière.

Le terme de rétropulsion a été adopté pour définir à la fois :

  • le déjettement du tronc en arrière, en position assise,
  • la tendance à la chute arrière, en position debout.
En position assise

Le bassin est positionné au bord antérieur de l’assise, alors que les épaules restent appuyées au dossier.

En position debout

Certains sujets compensent cette anomalie en inclinant le tronc en avant, en fléchissant les genoux ou les deux simultanément.

Au moment du passage assis – debout

Les pieds sont en général positionnés en avant, à distance du siège, et le tronc demeure vertical. La projection du tronc en avant, nécessaire pour la réalisation d’un lever harmonieux, est insuffisante ou inexistante. La rétropulsion est majorée quand une aide est apportée par traction sur les membres supérieurs.

Le retour en position assise

Il s’effectue, lui aussi, avec un peu ou pas de flexion antérieure du tronc et se caractérise par une arrivée brutale dans le fauteuil.

L’examen de la marche

Elle montre des difficultés d’initiation au démarrage décrites dans la littérature anglo-saxonne sous le terme de « freezing ». Quand la marche est possible, elle s’effectue à petits pas, sans déroulement du pied au sol, avec une augmentation du temps du double appui, toujours à la limite du déséquilibre arrière. Les difficultés sont majorées au demi-tour et à l’approche d’un obstacle.

Les signes neurologiques :

Deux signes essentiels caractérisent le syndrome « Post-chute » :

  • une hypertonie qualifiée d’oppositionnelle.

Celle-ci augmente au fur et à mesure de la traction exercée sur le segment corporel intéressé et elle se distingue ainsi de l’hypertonie extrapyramidale. Cette hypertonie diminue sous l’effet de la mise en confiance et de la détente ;

  • une altération, voire une disparition des réactions d’adaptation posturale et des réactions de protection.

Il n’existe plus, chez ces personnes, de possibilité de répondre au déséquilibre. Le risque de chute devient alors imminent.

Les signes psychocomportementaux :

Le passage à la station debout permet souvent de mettre en évidence une anxiété parfois majeure, responsable d’une inhibition psychomotrice intense. Dans les formes sévères, on peut observer une véritable phobie de la verticalité.

Les réflexions physiopathologiques :

Les aptitudes posturales qui favorisent l’équilibre et la marche sont des automatismes moteurs d’autant plus fragiles qu’ils sont acquis durant l’enfance.

Le vieillissement neurosensoriel et cérébral s’accompagne d’une réduction de l’efficacité des aptitudes posturales.

Certaines pathologies cérébrales chroniques surajoutées peuvent à différents niveaux altérer l’ensemble des processus qui sous–tendent la programmation des fonctions motrices.

Elles réduisent de ce fait les aptitudes posturales.

Sur ce terrain fragilisé, la chute représente le facteur précipitant. Il est responsable d’une véritable sidération des aptitudes posturales de l’individu.

Ainsi, les troubles posturaux fragilisent l’équilibre de l’individu, augmentant de manière considérable le risque de chute. Or, ces mêmes individus, dont les réserves posturales sont réduites, présentent donc un risque élevé de syndrome post-chute. La survenue de cette sémiologie réduit de manière considérable les aptitudes posturales restantes. Cette situation typique est dite de « cercles vicieux » lorsque la conséquence vient aggraver la cause.

Les principes de prise en charge du syndrome post-chute :

Le syndrome post-chute constitue une urgence en pratique médicale et en rééducation. Les particularités de la prise en charge sont détaillées dans le chapitre suivant, consacré à « la prise en charge après chute ». Cette prise en charge spécifique, quand elle est suffisamment rapide, entraîne une amélioration des aptitudes motrices du patient. Dans plus de trois quarts des cas, on observe un retour à l’état d’autonomie antérieure.

Les conséquences psychologiques de la chute :

En parallèle au tableau dramatique de syndrome post-chute, les conséquences psychologiques peuvent être plus insidieuses. Elles peuvent avoir une réelle gravité.

La chute est l’occasion pour le patient âgé de prendre conscience de son vieillissement, de la fragilité de son état et de l’approche de la mort.

Le choc émotionnel qui en résulte entraîne une perte de confiance en soi, un sentiment d’insécurité et de dévalorisation, avec repli sur soi, démotivation et restriction des activités. Ce tableau d’inhibition psychomotrice pourra évoluer vers un syndrome dépressif.

Ainsi, toute personne qui est restée au sol sans pouvoir se relever devrait bénéficier, dans l’idéal, d’une psychothérapie de soutien dès le premier jour d’hospitalisation. Cette prise en charge repose sur les mêmes principes que la psychothérapie offerte aux patients victimes de catastrophe. Son but est d’exprimer des affects à travers la narration répétée de l’accident, afin d’éviter le refoulement d’émotions particulièrement intenses, potentiellement déstructurantes. Faute de psychologues, l’écoute attentive peut parfaitement être celle du médecin ou d’un membre de l’équipe soignante.

Parallèlement, l’instauration d’un traitement antidépresseur doit être largement envisagée.

La perte d’autonomie secondaire à cet état de choc psychologique est volontiers aggravée par l’entourage qui, inquiet d’une nouvelle chute, a tendance à surprotéger la personne et refuse souvent le retour au domicile. Une négociation entre l’équipe médicale, la personne âgée et sa famille est indispensable afin de trouver un compromis entre la sécurité du patient et son désir de rester à domicile.

Un certain nombre de maladies chroniques prédisposent au syndrome post-chute: voir Maladies chroniques prédisposant au syndrome post-chute